Face au contexte économique et social particulièrement dur en cette fin d’année, Mickaël Morvan exprime ses craintes et surtout ses propositions concrètes pour les entreprises de proximité qui ont un rôle fondamental à jouer dans la résolution des conflits actuels : encadrement du travail le dimanche, réflexion sur le statut de chômeur et sur les indemnités allouées (en lien avec les problématiques de recrutement rencontrées par les TPE), relance du pouvoir d’achat et de l’économie en général en réponse aux revendications des Gilets Jaunes… Des solutions qui s’appuient sur une expérience quotidienne de chef d’entreprise de proximité.

Le caractère dérogatoire du travail le dimanche est mis à mal par les dernières évolutions réglementaires : en quoi l’ouverture dominicale est un risque pour les commerces de proximité ?

Les métiers de bouche sont les premiers impactés. Une part importante du chiffre d’affaires des boulangers-pâtissiers, des bouchers, des poissonniers… se fait le samedi et le dimanche matin. Si les grandes surfaces ouvrent le dimanche matin, bon nombre de consommateurs s’y rendront et délaisseront les centres-bourgs qui abritent les entreprises de proximité.

Un équilibre avait été trouvé au niveau des territoires sur cette question. Sur le pays de Rennes par exemple depuis une vingtaine d’années, les élus des 77 communes, avec les partenaires sociaux dont nous faisons partie, respectaient un protocole d’accord qui donnait la possibilité d’une ouverture 3 dimanches et 3 jours fériés par an. Il y a 3 ans, un arrêté préfectoral est venu renforcer cet accord. Mais la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) a dénoncé cet arrêté, et le tribunal l’a annulé, ouvrant la porte à une remise en question totale du protocole d’accord. Sans ce garde-fou, la loi Macron de 2015 s’applique : la possibilité d’attribuer 12 dimanches, 52 dimanches matins pour la grande distribution, et aujourd’hui avec les évolutions réglementaires, le dimanche entier sur toute l’année !

L’opposition entre les commerces de proximité et la grande distribution peut apparaître comme un cliché, mais le lobbying de la FCD et particulièrement de certains de ses membres est une réalité, sans compter leurs ressources, notamment d’un point de vue juridique, que nous n’avons pas. En boucherie par exemple, un arrêté fixe une journée par semaine de fermeture du rayon à la coupe en grande distribution : il est d’ores et déjà menacé.

Comment l’U2P 35 compte-elle faire entendre sa voix ?

Pendant plus d’un mois, en septembre – octobre, nous avons organisé des opérations de filtrage à l’entrée des grandes surfaces le dimanche matin. C’était une façon de montrer notre mécontentement mais aussi de sensibiliser les consommateurs aux conséquences. Ils ne se rendent pas compte des implications de leur acte d’achat un dimanche matin en GMS : nous le leur expliquons. Nous recommençons ces actions à partir de janvier et sans doute que nous monterons en pression en occupant les centrales de distribution qui alimentent les GMS. C’est dommage de devoir en arriver là, mais les enjeux pour nos entreprises sont cruciaux.

Avec les élus et les autres partenaires sociaux, nous devons aboutir à un accord qui soit équilibré entre les différents types de commerce, qu’ils soient petits ou grands. Chacun doit y trouver sa place ! Une partie des politiques publiques nationales (et donc des financements publics) est fléchée vers les territoires, la ruralité, la redynamisation des centres-bourgs et le commerce de proximité. Il n’y a aucune cohérence à faire d’un côté et à défaire de l’autre.

Les protocoles d’accords obtenus sur les territoires, entre élus et représentants professionnels, doivent prévaloir sur les lois nationales.

Le climat social de cette fin d’année 2018, avec le mouvement des Gilets Jaunes, a un impact sur l’activité des entreprises de proximité : les mesures d’urgence communiquées par E. Macron suffiront-elles de votre point de vue ?

L’U2P accueille favorablement les premières mesures d’urgence économique et sociale annoncées par Emmanuel Macron, mais… nous avions aussi alerté depuis longtemps les gouvernements successifs sur les tensions qui ne cessaient de monter. On le sentait dans nos entreprises.

Aujourd’hui, l’urgence est de stopper les blocages : le mois de décembre est une période cruciale pour nos commerces qui réalisent en temps normal l’équivalent d’un double chiffre d’affaires sur cette période. Les 1ers chiffres de l’U2P estiment une perte moyenne de 20 à 30%. Dans les entreprises du bâtiment, des retards de livraison ont bloqué des chantiers. La trésorerie gagnée en décembre nous permet en général de passer le cap du 1er trimestre de l’année civile, généralement très calme, et de payer nos charges. Les entreprises de service ou de métiers de bouche qui avaient déjà des difficultés ne s’en remettront peut-être pas. Il y a une grande appréhension pour la suite.

C’est pour cela que nous voulons que les Gilets Jaunes reviennent à la table des négociations et on a demandé une pause des manifestations. Ce mouvement a l’intérêt de continuer d’alerter sur de vraies problématiques économiques et sociales, mais il faut savoir s’arrêter et appréhender sereinement et collectivement les avancées proposées par E. Macron.

Parmi les propositions du chef de l’état à cette mobilisation, quelles sont celles que vous retenez ? Quelles en sont les limites ?

L’annulation de la hausse de la CSG sur les retraites de moins de 2000 E est importante pour l’U2P car le pouvoir d’achat des retraités se répercute notamment sur les petits commerces, en proximité.

L’exemption de charges sur les heures supplémentaires est également un atout pour nos entreprises, pour des périodes d’activité intense. Dans un contexte de tension sur le recrutement, avoir l’opportunité de proposer des heures supplémentaires à nos salariés est une juste récompense.

La prime de fin d’année, non chargée, est plus complexe à appréhender pour les TPE, surtout dans le contexte d’un mois de décembre moins rémunérateur que prévu. J’ajouterai que ce n’est pas aux entreprises de supporter la charge de toutes les revendications des Gilets Jaunes.

L’augmentation de 100 E du SMIC doit également être considérée comme une avancée, mais insuffisante au regard des problématiques de recrutement et d’indispensable valorisation salariale. Mais la question des charges supportées par les entreprises et notamment les TPE devient alors un élément incontournable des débats à venir. Lorsqu’on parle d’allègement des charges pour les patrons, on nous oppose systématiquement la question du financement des services publics, de la retraite, de la sécurité sociale… Mais l’augmentation du pouvoir d’achat induit mécaniquement celle de la consommation, le redémarrage du commerce, et donc l’accroissement de la TVA collectée pour alimenter les caisses de l’état. La baisse du chômage induite par la croissance est également une source d’économies publiques : l’U2P représente 2 300 000 entreprises de proximité dont une bonne part rencontre une problématique de recrutement ! Quant aux charges patronales, l’idée n’est pas de les supprimer mais de les répartir différemment selon la taille des entreprises. Un impôt proportionnel à la taille des entreprises et à ses bénéfices est essentiel. La contribution des GAFA ou des plateformes de E-Commerce à l’impôt en est un exemple : une taxation juste et équitable doit être appliquée.

Toutes les problématiques que nous évoquons ici me font penser à une boucle ou à une roue : un enchainement de décisions parfois incohérentes et de freins, avec des conséquences sur l’économie et sur le climat social. Pour redémarrer l’économie, ces freins doivent être levés : la volonté politique est palpable mais ne concerne qu’une partie des obstacles. Il faut prendre le problème dans sa globalité. L’U2P doit être et sera force de proposition.

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Virginie FASSEL, Essentiel Communication pour l’U2P 35

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